Harcèlement au travail des seniors

Discrimination  et harcèlement: le vécu des seniors au travail


Si l'ouvrage devenu best-seller de Marie-France Hirigoyen popularise le terme "harcèlement moral" en 1998, celui-ci fait l'objet de nombreuses études de de travaux de psychologues ou de psychiatres depuis les années soixante-dix.


Il est reconnu comme étant une forme spécifique de violence au travail dans laquelle des personnes s’estiment injustement persécutées, humiliées ou maltraitées.


Elles ne parviennent pas à comprendre le pourquoi des actes ou des paroles blessantes dont elles sont les victimes. Ceux-ci leur paraissent disproportionnés.


Une constante dans la définition qui est donnée de ce phénomène est la répétition d’agissements abusifs de la part d’une personne (ou d’un groupe de personnes) ayant pour objet ou pour effet d’atteindre une personne (ou un groupe de personnes) dans sa dignité, sa santé physique et mentale, ou encore de menacer son avenir professionnel.


Pour les seniors, ce harcèlement peut se doubler d'une discrimination liée à l'âge.



Le vécu de discriminations en France au travail liées à l'âge: des chiffres alarmants

 

   

  Selon le barème publié par l'IFOP en décembre 2020: 


  • 53% des personnes interrogées ont le sentiment d'avoir vécu au moins une discrimination, et 26% d'avoir vécu au moins trois discriminations;
  • 54% estiment que leur travail n'est pas reconnu à sa juste valeur;
  • 64% estiment ne pas avoir de possibilités d'évolution professionnelle;
  • 61% ne se sentent pas accompagnés dans la gestion de leur parcours professionnel et moins du tiers estiment que leur entreprise a mis en place chacun des différents dispositifs existant pour accompagner les fins de carrière


 Les différentes discriminations vécues:


  • avoir été moins augmenté (e): 35 %;
  • ne pas avoir eu accès à des postes à responsabilités: 28%;
  • avoir été mis à l'écart de certaines missions: 25%;
  • avoir eu ses capacités mises en doute: 23%;
  • avoir déjà reçu des remarques ou propos négatifs: 22%;
  • avoir eu des remarques sur le fait que l’équipe aurait préféré avoir un collègue plus jeune: 17%.

   

Le harcèlement au travail est devenu un phénomène très répandu pour l'ensemble des salariés, une technique pour éviter les coûts, notamment pour les seniors cadres



Près de 3 salariés sur 4 considèrent que les situations de harcèlement au travail sont répandues (74%), et 62% qu’elles le sont de plus en plus.

 Aussi, la dégradation des relations au travail (et notamment le harcèlement) est perçue comme un enjeu prioritaire dans le monde du travail en France par plus de la moitié des salariés (54% contre 41% pour le chômage par exemple).

Pourtant, une large majorité estime que le gouvernement n’en fait pas assez à ce sujet (63%). (source: qualisocial).

Les cadres d'un niveau élevé, dont la rémunération est jugée disproportionnée par rapport aux performances, sont les premiers à être poussés vers la sortie.


Un cadre senior pourra ainsi soit être victime de harcèlement, soit être accusé faussement de harceler ses collaborateurs. L'entreprise cherche à s'éviter des indemnités de licenciement coûteuses. Une réalité douloureuse: certains anniversaires sont jugés comme fatidiques. C'est le cas pour 50, 55, 60 ans. Dès lors, elle n'investit ni dans sa formation ni dans son adaptation, persuadée qu'elle pourra recruter un collaborateur plus jeune, d'office plus performant, à des coûts moins élevés.

Une absence de réaction des collègues témoins et rarement une reconnaissance de la souffrance vécue: la victime est présumée responsable de son sort


Selon le baromètre Ipsos sur le harcèlement au travail de sept 2022 (source qualisocial), 3 victimes sur 4 déclarent que la situation de harcèlement s'est produite en présence de témoins, le plus souvent des collègues, pour 45% des cas, et que dans 53% des situations, ceux-ci n'ont pas réagi.

Il existe plusieurs raisons qui amènent l'entourage et les collègues à minimiser les faits, voire les ignorer:

- la victime est considérée comme responsable de son sort: le biais d'attribution est ici à l'œuvre (tendance à attribuer une situation à un individu davantage qu'aux circonstances);

- la tendance à croire en un monde juste: ce biais a pour effet de donner une vision globale du monde rassurante pour l'esprit. Dès lors, on attribue à la victime un comportement qui justifie les attitudes et actions envers elle;

- la théorie de la dissonance cognitive: une personne cherche à réduire le conflit entre ses agissements et ses opinions en modifiant ses opinions.



Faux harcèlement: les seniors sont poussés vers la sortie

Il est généralement difficile pour une entreprise de se séparer d'un collaborateur âgé qui a été irréprochable toute sa carrière. S'il apparait que l'éviction repose sur  un critère d'âge, la discrimination pourra être invoquée.

Dès lors, certaines entreprises n'hésitent pas à monter des dossiers inventés de toute pièce, avec de fausses enquêtes et de fausses plaintes dont il n'aura jamais connaissance. Consterné, l'auteur présumé de ces fausses accusations redoute  un licenciement pour motif disciplinaire, et préfère négocier un départ à bas prix.


On en parle ensemble

La santé mentale au travail est un droit


La loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 a introduit la notion de « santé physique et mentale » dans le Code du travail.


Article L 4121-1 du code du travail:


"L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.


Ces mesures comprennent :

1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ;

2° Des actions d'information et de formation ;

3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés."


L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes.


L'obligation de sécurité est une obligation de résultat. Un salarié ne doit donc pas voir sa santé mentale altérée du fait de l'exercice d'une activité professionnelle.


Elle signifie que l'employeur ne peut pas se contenter de respecter les dispositions juridiques en vigueur, mais qu'il doit au contraire se montrer pro-actif pour organiser son entreprise de façon à supprimer ou limiter tout risque pour la santé mentale, y compris le harcèlement moral et sexuel.


Article L 1152-1 du code du travail :


"Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel."




Comment se caractérise le harcèlement moral?


Dans la définition du Code du travail et au regard de la jurisprudence existante, le harcèlement moral se caractérise par :



• des faits précis d’agissements répétés (un seul agissement, même répréhensible, ne suffit pas, il en faut au minimum deux);

• dans un laps de temps relativement court (même si deux actes éloignés dans le temps ont déjà été reconnus comme constituant un harcèlement moral);

 

Ces faits doivent impliquer une dégradation des conditions de travail.


Ils doivent également être susceptibles de porter atteinte à la santé (constatée à l’aide d’éléments médicaux), la dignité ou l’avenir professionnel d’un salarié.


 L’intention de nuire du harceleur n’est pas une condition).


Quelques exemples d'agissements abusifs

Dans les relations

- interruptions régulières de la parole,

- critique systématique de l'apparence,

- injures publiques,

- tutoiement sans réciprocité, inapproprié au regard du contexte, pouvant être perçu comme de l'irrespect.

Isolement de la personne

- absence d'invitation aux réunions,

- injonction faite aux autres salariés d'isoler la personne (communication, rétention d'informations),

- répartition inégale du travail,

- absence de sollicitation en cas d'avis à donner collectivement,

etc.

En matière de discipline

- contrôle des communications téléphoniques,

- contrôle des échanges avec les collègues,

- vérifications des tiroirs,

- droit de regard exercé sur le sac à main, la poubelle, les espaces privés du PC,

etc.

Pratiques assimilables à une punition

- imposition des dates de vacances,

- vacances refusées au dernier moment,

- refus réitéré et sans justification des demandes de formation,

etc.

Consignes incohérentes, paradoxales

- consignes délivrées de manières confuses et contradictoires, pour rendre le travail infaisable, et le reprocher ensuite,

- distribution de tâches de manière à rendre leur exécution  impossible,

- correction de fautes inexistantes, etc.



Les conséquences sont désastreuses tant pour les victimes que pour les entreprises


Plus le harcèlement se prolonge ou est intense, et plus les victimes peuvent souffrir de troubles psychologiques et psychosomatiques. 


Au delà du stress chronique, voire d'un stress post traumatique, les victimes de harcèlement sont marquées durablement. Les seniors doivent également affronter les conséquences de l'âgisme, avec les effets délétères sur la perception de soi, et la confiance à retrouver un emploi.


C'est pourquoi je propose aujourd'hui un accompagnement spécial harcèlement des  seniors, ainsi qu'un accompagnement pour se remobiliser sur le marché de l'emploi.

Share by: